Quand TikTok propose de dormir la bouche bandée

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Written By Vincent Bourdieu

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L’orthophoniste Marie-Emmanuelle Marchand est bien consciente du phénomène qui se propage sur TikTok depuis maintenant plusieurs mois. Non pas qu’elle soit une grande utilisatrice du réseau social chinois (elle n’y va jamais), mais des patients ont pris sur eux de lui en parler.

Le phénomène en question ? Avant d’aller dormir, les gens mettent du ruban adhésif (de qualité médicale) sur leur bouche pour tenter de la garder fermée toute la nuit. Et sur TikTok ils vantent les bénéfices allégués : meilleur sommeil, plus d’énergie, moins de ronflements, moins de caries, meilleure haleine… Et même un visage plus structuré, plus symétrique. La panacée, quoi !

ÉCRAN ÉCRAN TICK TOK @LAURYNBOSSTICK

« Pourquoi je tape ma bouche tous les soirs »

ÉCRAN TICK TOK @ISABELLE. LUX

Ce tiktoker est particulièrement actif pour promouvoir la tendance.

ÉCRAN ÉCRAN TIKTOK @BARETTEPLASTICSURGERY

Même un chirurgien plasticien en parle. «Respirer par le nez pendant le sommeil permet à votre corps de déclencher une réponse relaxante, essentielle pour maintenir un sommeil profond et progresser avec succès à travers les étapes du cycle du sommeil. »

« Si c’était aussi simple, je n’en ferais pas un métier ! » » Résumé de Marie-Emmanuelle Marchand, spécialisée dans les troubles « myofonctionnels » : respiration par la bouche, mais aussi parler sur le bout de la langue, déglutition atypique, serrement des dents…

Cela dit, les tiktokers ne se trompent pas lorsqu’ils disent qu’il vaut mieux respirer par le nez. C’est vrai. Le corps est fait pour ça.

« Lorsque vous respirez par le nez, l’air est non seulement filtré, humidifié et chauffé, mais du monoxyde d’azote y est également ajouté, ce qui permet un bel élargissement des bronches, donc un meilleur échange d’air », explique-t-il. Marie-Emmanuelle Marchand, qui dispense une formation en réadaptation des troubles obstructifs du sommeil. Le sommeil, dit-elle, est aussi plus réparateur.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-EMMANUELLE MARCHAND

Orthophoniste Marie-Emmanuelle Marchand

Respirer par le nez affecte aussi la santé bucco-dentaire, confirme Nelly Huynh, professeure agrégée à la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal et chercheuse en sommeil au CHU Sainte-Justine. Lorsque vous dormez la bouche ouverte, votre bouche s’assèche, perdant l’effet protecteur de la salive, dit-elle. Cela signifie plus de caries et une mauvaise haleine.

Les tiktokers n’ont pas eu cette idée de dormir la bouche fermée. Quelques petites études ont été menées pour examiner l’impact de cette pratique sur le ronflement chez les personnes souffrant d’apnée légère. Les chercheurs l’ont également testé pour l’asthme, mais n’ont trouvé aucun avantage.

Parfois, les professionnels de la santé le proposent, mais rarement. Dr. Chantal Lafond, pneumologue à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, donne l’exemple d’un patient qui dort avec un masque CPAP (le traitement utilisé pour l’apnée obstructive du sommeil) qui a une fuite à l’expiration. « Mais personnellement, je préfère l’ajout d’une mentonnière », dit-elle.

Chez M. et Mme. Cependant, tous les experts à qui nous avons parlé y ont vu une pratique risquée, du moins pour certaines personnes. Aucun d’entre eux ne le recommande. Nelly Huynh, qui travaille avec des enfants, pense spontanément aux vomissements. « Respirer par la bouche est un moyen de survie », explique l’orthophoniste Marie-Emmanuelle Marchand.

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Pas de contrôle

Lorsque nous dormons, le cerveau n’a aucun contrôle sur la respiration ; ça se passe inconsciemment, explique la pneumologue Chantal Lafond. Si l’air passe facilement du nez aux poumons, la bouche reste fermée et aucun son de résistance ne se fait entendre. « Le ronflement est le signal sonore d’une forme de résistance au passage de l’air lors de la phase d’inspiration », explique le pneumologue.

Et cette résistance, dit-elle, peut provenir des voies nasales pour diverses raisons (congestion des muqueuses, déviation de la cloison nasale – l’os nasal) ou de différentes parties du pharynx.

Chez les enfants, la respiration par la bouche est souvent le résultat d’amygdales hypertrophiées ou de végétations adénoïdes (amas de tissus dans la cavité nasale), explique l’orthophoniste Marie-Emmanuelle Marchand. D’autres enfants respirent par la bouche après des rhumes répétés et d’autres virus respiratoires. « Les adultes peuvent aussi avoir ce pli dès l’enfance », explique Mme Marchand, qui souligne qu’avec le temps, les muscles impliqués dans la respiration nasale s’affaiblissent. Le visage, dit-elle, peut même s’allonger sous le poids de la mâchoire inférieure.

Les personnes qui respirent par la bouche (parfois depuis des décennies) ne respirent pas par le nez comme par magie avec un simple morceau de scotch, souligne l’orthophoniste.

Si l’habitude ne fait que se former, le ruban adhésif peut aider dans de rares cas, mais pas nécessairement, dit-elle. « Fermer les lèvres ne suffit pas. Il faut mettre la langue au bon endroit, rapprocher les molaires… »

Comprendre la cause

Les experts s’accordent sur un point : au lieu de chercher le remède miracle contre vos ronflements, votre bouche sèche le matin ou votre manque d’énergie au réveil, consultez un médecin pour aller au fond du problème. les. « Il est également important d’exclure un problème potentiellement grave de qualité du sommeil et parfois même d’oxygénation lié à l’apnée obstructive du sommeil, un blocage complet ou partiel du flux d’air vers les poumons pendant au moins 10 secondes, à plusieurs reprises », explique le Dr Chantal Lafond.

Pour les ronfleurs qui ne souffrent pas d’apnée obstructive du sommeil, le Dr. Pratiquer une bonne hygiène nasale et, pour les personnes allergiques, éliminer tous les allergènes de la chambre. L’alcool et certains somnifères peuvent aussi affaiblir le tonus des muscles de la gorge, souligne le pneumologue. Il est également préférable de viser un poids santé et de ne pas dormir sur le dos.

Après évaluation, différentes avenues peuvent être envisagées selon le problème sous-jacent : vaporisateurs pour réduire l’inflammation du nez, chirurgie, appareil buccal pour maintenir la mâchoire en position avancée, thérapie myofonctionnelle telle que conçue par Marie – Emmanuelle Marchand – un espace de ​une expertise encore méconnue au Québec.

« Une meilleure concertation, résume la chercheuse Nelly Huynh, car il y a peut-être autre chose derrière. »