Culotte menstruelle : faites circuler votre sang | ardoise.com

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Written By Vincent Bourdieu

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« Ce n’est pas trop tôt! On a surtout manqué d’innovation dans le domaine de la protection temporaire !, raconte Élise Thiébaut, auteur du livre C’est mon sang. La culotte menstruelle permet de dédramatiser les règles et d’apporter enfin une réponse à cette question, peu prise en compte, mais qui occupe une place prépondérante : ai-je une tache ?» La question de la tache n’est pas seulement l’empoisonnement du cycle des adolescentes. « Ce n’est pas normal à 30 ans de se demander encore si on a une place ! » s’exclame Claudette Lovencin, co-fondatrice de Fempo.

Outre cette considération, la composition des serviettes et tampons jetables est condamnée depuis plusieurs années. Phtalates, dioxines, pesticides… En 2019, 60 millions de consommateurs ont à nouveau pointé du doigt de nombreuses marques, dont certaines labellisées bio, révélant la présence de ces produits potentiellement toxiques pour la santé. Et pour l’environnement. Selon le site de statistiques Planetoscope, une personne menstruée a besoin d’une serviette hygiénique ou d’un tampon 520 fois au cours de sa vie. « Globalement, cela représente la consommation de 1 447 serviettes hygiéniques par seconde soit 45 milliards par an. »

Après les serviettes lavables et les coupes menstruelles, les culottes menstruelles ont fait de nombreux adeptes en un temps record. Pionnière en la matière, la marque new-yorkaise Thinx commercialise depuis 2014 ses culottes hyper absorbantes lavables et réutilisables. En France, la marque Fempo a été la première à apparaître en 2017, suivie de Réjeanne en 2018. Depuis, elles se sont multipliées. Moodz, Louloucup, Elia Lingerie, Sisters Republic, Blooming, Aglaé, Plim, So cup…

« Tant mieux, car il y a plus de choix pour les femmes », commente Elsa Mechulan, fondatrice de Loulou Cup, qui après les coupes menstruelles sont entrées sur le marché désormais très concurrentiel de la culotte en janvier 2020. « Nous passons 25 % de notre temps sur nos règles. Vous ne devez pas considérer votre culotte comme un tampon ou une serviette, mais comme une culotte de sous-vêtement. On n’achète pas toujours la même marque de sous-vêtements. C’est la même chose là-bas. La culotte a également plusieurs niveaux d’absorption et peut être utilisée pendant le cycle, mais aussi à la place de la culotte », poursuit l’entrepreneure.

Un besoin de transparence

Un besoin de transparence

Les promesses de ces marques ? Jusqu’à douze heures d’absorption, selon la culotte choisie et sa fluidité, sans odeur ni sensation d’humidité. A part l’esthétique. Les culottes menstruelles se composent de trois couches. Prenez le Fempo par exemple, qui se compose d’une doublure 100% coton sex-contact, d’une couche absorbante en bambou, d’une troisième couche imperméable en polyester et de PUL, un tissu imperméable. La partie extérieure est en lycra. Tous les textiles utilisés par Fempo sont certifiés OEKO-TEX® NORME 100. « Ce certificat garantit la conformité légale des produits textiles contrôlés. Cela confirme en outre que le produit STANDARD 100 a été testé de manière fiable pour les substances nocives », indique le site Web du label.

Toutes les marques connues portent cette marque ou, plutôt, proposent une gamme en coton biologique. « Le made in France et les marques qui décrivent en toute transparence le design et la composition de leur culotte sont de bons critères pour choisir sa culotte. Il n’a pas besoin de contenir des nanoparticules d’argent. L’eucalyptus ou le bambou sont naturellement antibactériens, donc pas cette oxydation, cette odeur que l’on retrouve dans les protections jetables. Juste l’odeur du sang », clame Anaelle Sorignet, formatrice et testeuse de nombreuses marques de culottes pour son blog environnemental et féministe, La Révolution des Tortoises. Les nanoparticules d’argent, qu’elle dénonce, sont des substances utilisées pour leurs propriétés antibactériennes et antifongiques, mais sont régulièrement mises en cause pour leurs impacts sanitaires et environnementaux. Elles feraient partie des culottes Thinx, selon un article du magazine Cheek publié en 2017.

Bien sûr, vous utilisez des culottes menstruelles pendant votre cycle, mais aussi en cas de spotting, de pertes blanches, de fuites d’urine ou après un accouchement. Désormais, la plupart des marques ont développé leur offre pour les adolescentes. Ainsi, à l’âge de 12 ou 13 ans, vous pouvez utiliser cette culotte pour le reste de votre vie.

Sur fond de féminisme, de body positive, de messages inclusifs, les marques, souvent portées par de jeunes entrepreneuses optimistes et proactives, souhaitent proposer aux femmes des produits adaptés à leurs besoins et à leurs exigences sanitaires et environnementales. « Les seules solutions que nous avions quand nous étions adolescents étaient ces serviettes hygiéniques jetables, pleines de produits chimiques qui causent de nombreuses allergies, mycoses et même parfois responsables du syndrome de choc toxique », explique Wye Morter, cofondatrice de Réjeanne. Insatisfaits des protections hygiéniques disponibles sur le marché, Wye Morter et Alexandra Rychner ont lancé cette marque de culottes. « La coupe menstruelle a cassé la première porte. Nous n’avions plus besoin d’acheter des protections chimiques et jetables, c’était un bon début pour les femmes et les menstruations. L’aventure a commencé sur Ulule, une campagne de financement participatif qui a vendu plus de 7 000 culottes sur l’objectif initial de 100.

La coupe menstruelle remise en cause

La coupe menstruelle remise en cause

La marque Fempo, lancée par Claudette Lovencin et Fanny Abes, a été lancée par un questionnaire sur les réseaux sociaux. « En trois jours, plus de 3 000 personnes se sont manifestées. Et il y avait un malaise dans les réponses. Environ 70% des femmes n’étaient pas satisfaites de leur protection pour cause de confort, d’autres s’inquiétaient pour leur santé, elles s’interrogeaient sur la composition du produit, elles souffraient de mycoses, d’irritations. La troisième préoccupation était liée aux questions environnementales », rappelle Claudette Lovencin. Les fondateurs de Fempo ou Réjeanne se sont très vite rendu compte qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir besoin d’une nouvelle génération de protections hygiéniques. La coupe menstruelle a déjà bousculé les choses, mais elle n’a pas toujours été satisfaisante. Certaines femmes n’aiment pas les tampons intravaginaux ou la manipulation de la coupe. « La coupelle est faussement pratique, il faut des toilettes avec un robinet à portée de main, ce qui n’est pas le cas partout », commente Anaelle Sorignet.

De plus, la coupe a eu mauvaise presse. En mai, la DGCCRF a émis de nouvelles recommandations, basées sur un avis rendu par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et de la santé au travail, sur l’utilisation des coupes menstruelles. Cependant, sa composition n’est pas remise en cause, mais seulement son mésusage, qui peut être à l’origine d’un syndrome de choc toxique. L’Anses a décidé que l’emballage des coupelles devait contenir « la durée maximale de port de la coupelle (6 à 8 heures) et le fait que la coupelle doit être portée uniquement pendant les règles et vidée régulièrement (toutes les 4 à 6 heures), et une mise en garde que les femmes qui ont déjà eu des victimes de choc du syndrome toxique ne doivent pas utiliser de protection intime interne, la recommandation d’utiliser une protection externe la nuit, afin de réduire le risque de développer un syndrome de choc toxique.

À Lire  Culotte menstruelle Réjeanne : l'entrepreneuriat féminin qui brise les tabous entre innovation et révolution

« Ça change la vie », lit-on souvent sur les pages des comptes Instagram et Facebook de Femp, Réjeanne, Moodz et consorts.

« Le gros avantage de la culotte par rapport à une serviette, c’est qu’elle ne bouge pas. Il n’y a pas de sensation de deuxième couche. Lorsque vous faites du vélo, la serviette bouge. Là, ça ne bouge pas. Culotte menstruelle ou culotte normale, sous un jean, et je ne sens pas la différence. Des culottes, tu les mets, tu les oublies et tu les enlèves le soir. Pour moi c’est une révolution, du moins pour la nuit. Je ne prévois pas d’autre protection que celle-là », commente Anaelle Sorignet. Et pour les personnes qui ont des saignements plus abondants, le deuxième et le troisième jour, il est possible d’utiliser une protection supplémentaire, comme une tasse ou une serviette lavable. « Il n’y a pas de règles pour les règles. Ce qui compte, c’est la variété des propositions et la possibilité de choix », déclare Wye Morter.

Un défaut: le prix

Un défaut: le prix

Malgré ses vertus, la culotte menstruelle a toujours une résistance au feu. Son principal défaut ? C’est cher. Pour acheter une pièce, comptez entre 28 et 45 euros. Chez Réjeanne, certains modèles flirtent avec la soixantaine d’euros – en plus des culottes en satin ou en dentelle, l’un des choix de la marque est aussi de proposer de belles culottes fabriquées dans l’usine morbihannaise de l’ancienne marque de sous-vêtements Chantelle.

Sachant qu’il faut en moyenne cinq culottes pour tourner confortablement le cycle menstruel, le prix des fournitures nécessaires peut alors avoisiner les 150 euros, et même 200. Une somme élevée pour les personnes en situation de précarité, bien sûr, mais aussi pour les femmes. les personnes plus riches qui ne veulent pas payer soudainement autant pour leurs règles. « Je vois que le prix de 30 euros la paire de culottes est un gros obstacle pour la plupart des femmes. C’est un investissement pour commencer. Je comprends que c’est un obstacle, je les ai eus pour Noël et ça change ma vie ! », plaide Anaelle Sorignet.

A défaut de chiffres fiables en France, Les Décodeurs du Monde ont fait une estimation du coût moyen des menstruations pour une personne qui a ses règles, sur sa vie. La moyenne est de 7,5 euros par cycle, soit 90 euros par an et 270 euros sur trois ans. Si vous achetez cinq culottes (mais quatre peuvent suffire) pour 30 euros, votre budget est alors de 150 euros. La comparaison a été faite rapidement !

Cachez cette culotte

Cachez cette culotte

Outre le portefeuille, il existe également des obstacles psychologiques à l’utilisation de la culotte menstruelle. Le frein peut être la vue du sang qui coule de la culotte lors du lavage – elle peut ensuite être lavée à la main ou dans la machine à laver. Ainsi que le séchage à l’air libre, qui est pourtant impératif.

Le séchoir affecte l’absorption de la culotte. « Je ne veux pas les laver devant mon mari, je ne veux pas que mes enfants les voient dans la salle de bain. » « Certaines femmes ne veulent tout simplement pas que le reste de la famille sache qu’elles ont leurs règles. Ce qu’ils veulent, c’est jeter au plus vite leur sale protection à la poubelle », analyse Louise Brunet, naturopathe et auteure du blog Soyez bio et battez-vous. « Il y a encore un gros tabou autour des règles, c’est la principale raison qui retient les femmes », analyse celle qui a testé de nombreuses marques de culottes pour son blog.

Pour d’autres femmes, de la génération 1960-1970, laver les culottes est un véritable retour en arrière. « Pour elles, ce n’est pas féministe et cela ne correspond pas à leur idée de la liberté des femmes. Pourquoi devrions-nous prendre la peine de laver nos serviettes hygiéniques ? Selon cette génération, les tampons sont un progrès et les culottes une régression. Pourquoi imposer cette distance ? C’est deux mondes qui s’affrontent », poursuit Louise, d’après les réactions qu’elle peut lire sur son blog.

Le dernier barrage, pour les amoureux de la protection intra-vaginale, sent le sang dans sa culotte. « Il faut apprivoiser la culotte. La sensation de saignement, tout le monde n’y est pas habitué, ça prend un peu de temps, mais en un ou deux cycles cette sensation étrange s’en va », assure Claudette Lovencin de Fempo. « Je trouve assez apaisant d’être conscient de ce qui se passe dans votre corps. Avec les tampons, vous n’avez aucune idée de ce qui se passe. C’est étrange. Quand on se rend compte que la culotte est fiable, le sentiment coule, on s’en fiche », raconte Anaëlle Sorignet. « Avec la culotte, on sort du tableau des déchets », analyse Élise Thiébaut. Ils normalisent enfin ce qui se passe dans les corps menstrués !

Une arme contre la précarité menstruelle

Une arme contre la précarité menstruelle

Tara Heuzé, fondatrice de l’association Rules Elementary, qui milite contre l’incertitude menstruelle, voit l’apparition de la culotte menstruelle comme une aubaine : « Ce sont surtout de jeunes marques très attachées à des valeurs fortes. De nombreuses marques souhaitent coopérer avec nous ou avec d’autres associations et s’impliquer dans des activités qui contribuent à leur business plan. Leur communication est basée sur l’idée de briser le tabou des règles, et c’est ce que nous voulons.

Ces partenariats leur permettent d’organiser des ateliers de sensibilisation auprès des femmes en situation de précarité. Le but : les informer sur les protections hygiéniques réutilisables, une coupe, une serviette lavable ou une culotte menstruelle. Les femmes peuvent repartir avec la protection de leur choix. Modibodi, Smoon, Elia Lingerie, Saforelle, Pourprees, Blooming, Réjeanne, Fridas, Dans ma culotte, Lyeva… Elementary Rules s’est associé à dix marques de culottes menstruelles.

« Bien que la coupe menstruelle ait le meilleur rapport durabilité/prix, elle soulève encore de nombreuses barrières psychologiques, culturelles, religieuses ou sociales… La culotte est le produit phare, le préféré de nos ateliers. Notre objectif est de mettre fin à la dépendance aux dons, ainsi qu’à un véritable problème environnemental et sanitaire. Avec la culotte, qui peut durer de deux à cinq ans, on peut permettre aux femmes de vivre dignement leurs règles et de se soucier d’autre chose. Mais quand la réserve de culottes sera-t-elle épuisée ? « Nous demanderons plus aux marques et nous aurons quelque chose. Nous soutenir est dans leur ADN. »