Atsuko Chiba – ‘L’eau donne l’impression de grandir’ – Mowno

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21 Jan 23 Atsuko Chiba – ‘Water, It Feels Like It’s Growing’

Album / Mothland / 20/01/2023

psych rock expérimental

eau, terre, air, feu. Les quatre éléments ont toujours joué un rôle fondamental plus ou moins ésotérique et référencé dans la scène musicale indépendante. Alors quand les Montréalais d’Atsuko Chiba deviennent alchimistes à leur troisième tentative de transformer le plomb (la relative lourdeur de leurs deux premiers albums, entre dépaysement frustrant et touchantes excursions stylistiques) en or (les joyaux qui peuplent cet opus). ), on aurait tort de ne pas écouter leur suggestion. Et quelle suggestion.

Car c’est le genre de disque qui vous emporte dès les premières secondes, avec un bain de soleil (feu et eau) baigné de lumière et d’argent. Tout y est : drone hypnotique au fondu organique, batterie aux accents tribaux, sonorités de sitar inversé façon retraite spirituelle aux influences psychédéliques et voix envoûtante tour à tour apaisante et dérangeante. Les arpèges de guitare du chœur rivalisent avec la montée des claviers avant que les hautes fréquences ne soient régulièrement balayées par un arc mélodique porté par un solo épique. So Much More déploie une palette où le chant, schizophrène et frénétique, est roi. Un jeu de lumières et de miroirs où les arpèges deviennent des alarmes lancinantes tandis que les doubles de Rhodes soulignent chaque modulation vocale pour nous plonger dans un monde fragmenté à la fois stellaire et pourtant profondément terrestre. Pour les plus mystiques, difficile de ne pas voir une question d’énergie, de fusion, de symbiose entre ciel et terre dans cet entrelacement sonore aux accents math rock, post-punk et funk (!). Cette fièvre électrique, mouchetée de cuivres étincelants, sent les trottoirs mouillés imaginaires d’un Broadway décadent dans sa deuxième partie, comme une montée sur le boulevard parmi les toxines. Dans Shook (I’m Oft), qui porte étonnamment bien son nom, le son devient plus synthétique et éthéré (donc l’aérien), avec ses nappes menaçantes, sa batterie effrayante et sa voix essayant de sortir de ce dédale de vent, essayant de se frayer un chemin parmi les flammes (feux) d’une terre (promis on s’arrêtera bientôt) ravagée par un incendie – à peine – volontaire. Difficile de ne pas penser aux mondes de Radiohead dans ces moments de grâce et d’équilibre entre abstraction et puissance émotionnelle dévastatrice. Sous son tableau de bord minimaliste avec ce do têtu sur le clavier, Seeds (la terre) pousse comme un arbre en h Ostile (le même dévasté par le grand incendie mentionné ci-dessus ?) pour donner des branches aux feuilles vertes et irradiées. Les arpèges synthétiques et hypnotiques, portés par la basse, construisent le tout dans une élégie post-rock malgré des vocaux trop suaves, avec un final orchestral à la limite de la musique spectrale. « Je perds le contrôle », répètent-ils, mais le groupe est-il vraiment capable de lâcher prise sur sa propre musique ? Pas si sûr, tant la construction semble imparable, parfaitement ancrée et tendant vers un pic précis contrairement à ses productions antérieures. Le lien pourrait n’être que ce chaînon manquant, entre plusieurs conceptions, plusieurs époques, plusieurs identités. Avec ses délicieuses basses 70’s, à l’image des premiers Black Sabbath ou Deep Purple, la parenthèse devient doucement kitsch mais réaffirme sa volonté de dépasser toutes les attentes, toutes les frontières esthétiques. Comme la chanson titre, Water, It’s Feels Like It’s Growing (de l’eau, et cette fois, je vous promets que c’était la dernière), qui complète cette collection de six titres de la manière la plus puissante, la plus sombre et la plus envoûtante.

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Dans ce labyrinthe de voix, guitares, claviers, basses, percussions, cuivres et cordes, un véritable génie mélodique se dévoile, caché derrière l’abondance, servi par des arrangements stylés d’une étonnante maturité. Car il se passe tant de choses dans l’espace d’une pièce avec Astuko Chiba qui nous renvoient sans cesse d’un état à un autre, comme un pogo méditatif passant sans cesse de l’immobilité à la violence. On sort donc inévitablement de ce disque ébranlé et en souhaitant à la prochaine écoute de monter encore plus le volume pour en capter toute la puissance et les contours. Bref, un vrai raz de marée.