En Éthiopie, l’addiction aux paris sportifs touche toutes les couches de la société

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Written By Vincent Bourdieu

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Le gouvernement a menacé d’interdire les jeux d’argent autour des compétitions sportives, affirmant qu’ils provoquent une « crise sociale » dans le pays.

L’engouement pour les paris sportifs fait la une des journaux en Éthiopie. Arrivés au stade d’une véritable addiction chez de nombreux jeunes Ethiopiens, ils sont désormais dans le viseur des autorités, qui menacent tout bonnement de les interdire. Fin juin, le chef de la jeunesse au ministère des Affaires sociales, Abebe Haimanot, a lancé un avertissement aux opérateurs lors d’une interview à la télévision nationale. On dit que le jeu provoque « une crise sociale » qui « dissuade les jeunes de travailler et de prendre le contrôle de leur vie », et qu’il « conduit à la dépression et aux pensées suicidaires ». Dès lors, le ministère veut y mettre un terme, sans préciser quand.

La tâche semble ardue. Le gouvernement devra faire face à la pression des lobbies du jeu, mais aussi de la population, alors que la pratique des paris sportifs s’est profondément ancrée dans les mœurs et le paysage éthiopien en un peu moins d’une décennie. Partout dans la ville, dans la capitale Addis-Abeba ou en province, des boutiques fleurissent à chaque coin de rue. Il y en a plus de 2 000 à travers l’Ethiopie.

Il suffit de faire quelques pas à Piassa, le quartier historique de la capitale, pour trouver des dizaines de petits comptoirs appartenant à l’un des 44 opérateurs agréés du pays. Dans la salle de paris exiguë de Vamos, les quatre ordinateurs sont constamment attaqués. Les joueurs, tous jeunes, attendent dans le hall qu’une place se libère. Il n’est pas rare de croiser des policiers en service, voire des lycéens et universitaires, malgré l’interdiction légale de jouer aux moins de 21 ans.

« Les étudiants délaissent leurs études »

« Les étudiants délaissent leurs études »

Mintesinote, 29 ans, décortique les huit billets en main. « Aujourd’hui, c’est spécial car c’est la soirée de la Ligue des champions », a-t-il plaisanté. Pour la peine, il a misé 400 birr (7,50 euros) pour une trentaine de matchs ; une somme colossale pour cet ouvrier du bâtiment. Bien qu’il ait exceptionnellement remporté le pari de 9 000 birr en août, il « perd généralement plus d’argent [qu’il n’en gagne] ».

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« Quand tu gagnes une fois, c’est excitant, tu penses que tu es le meilleur, tu en rêves la nuit, tu réinvestis et tu perds tout. » Mintesinote

Il avoue aussi avoir dilapidé tous ses gains en misant tous les jours pendant un mois. « Quand tu gagnes une fois, c’est excitant, tu penses que tu es le meilleur, tu en rêves la nuit, tu réinvestis et tu perds tout », avoue-t-il, furieux que le gouvernement puisse interdire ce qui est devenu son passe-temps favori.

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